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Hommage à Jean Rollin – par Norbert Moutier
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UNE FIGURE DU FANTASTIQUE FRANCAIS N'EST PLUS
Avec Jean Rollin disparaît toute une époque, déjà fort lointaine, où le Fantastique français n'était que rarement existant, où seuls quelques téméraires comme Georges Franju avec le superbe Les Yeux sans visage ou Jean Renoir avec Le testament du Docteur Cordelier osaient s'aventurer…
Alors que la Hammer anglaise triomphait depuis une dizaine d'années avec la résurrection des principaux montres de l'Age d'or américain, un troublion fit son apparition autour de Mai 68 (est-ce vraiment un hasard ?) en livrant au public parisien une oeuvre bizarroïde, échappant à toutes les conventions du genre, un "ovni" d'environ 1h30, de surcroît en noir et blanc, composé de deux parties censées se relier entre elles. Son titre : Le viol du Vampire, dont le panneau-décor aguichant s'affichait en façade du célèbre "Midi Minuit", le temple du cinéma fantastique d'alors. Un film qui, malgré quelques belles scènes oniriques et une image parfois plus éloquente que les personnages eux-mêmes, désarçonna plus d'un spectateur.
Il faut revenir sur la genèse de ce film monté de bric et de broc qui n'était, au départ, conçu qu'en tant que court ou moyen-métrage que Jean Rollin avait alors eu l’audace de faire financer par un Américain, Sam Selsky qui, convaincu par le résultat se persuada qu'en ajoutant quelques séquences l'oeuvre pouvait parvenir à une durée de long-métrage, donc apte à connaître une meilleure exploitation commerciale. Ce qui fut fait.
Dès lors, doté d'une volonté et d'un courage inébranlables, Jean Rollin s'évertue à imposer son style qui mélange le gothique et l'érotisme ce qui était novateur à l'époque, la Hammer elle-même ne se décidant que plus tard.
Accédant cette fois à la couleur, Jean Rollin réalise trois films sur le thème vampirique (La Vampire nue, Le frisson du Vampire et Requiem pour un vampire) où il impose sa vision et son univers mélangeant fantastique et érotisme, à travers de longs plans-séquences et un rythme de narration toujours désespérément lent. De nos jours, la patine du temps rend acceptable cette vision que l'on peut relier à une certaine liberté sexuelle arrachée lors de Mai 68. L'étranger, notamment le marché anglo-saxon, ne s'y est pas trompé et se montre aujourd'hui friand de ces films de vampirisme dénudé.
Mais pour le spectateur de cette époque, ce type de production se heurtait à la concurrence de la Hammer, structurée à tous points de vue et bénéficiant, en outre de comédiens de haut niveau (Christopher Lee et Peter Cushing pour ne citer que les deux plus célèbres). Mais il en fallait plus que cela pour décourager Jean Rollin qui entama l'adaptation d'une de ses nouvelles pour La Rose de fer, tout petit budget dont la principale vedette était, en fait, le cimetière ! ... unique lieu de tournage.
Nous étions en 1973 et Alain Schlockoff qui débutait son célèbre Festival International de Paris du Film Fantastique et de Science-Fiction, prit le risque de présenter La Rose de fer en tant que représentant la France... à un public
non acquis à ce style de film ! Face à une programmation internationale de choix, Jean Rollin fut conspué mais nullement abattu, s'estimant juste incompris.
Vient ensuite Lèvres de sang, toujours sur le thème du vampirisme, agréablement dénudé, Jean Rollin ayant toujours porté beaucoup plus d'attention dans le choix de ses actrices, toutes de superbes filles comme Joelle Coeur ou Sandra Julien, plutôt qu'aux acteurs qu'il recrutait au petit bonheur la chance en ce qui concerne les petits rôles !
Avec Les Démoniaques, il s'attaque au film d'aventures du style Les contrebandiers de Moonfleet, sans grands moyens, y réalise quelques belles scènes mais voit son tournage prévu pour quatre semaines... réduit à trois... Le résultat s'en ressent bien évidement !
En 1974, toujours sur la brèche, il ose marier le films érotique et grivois, alors très en vogue et son univers de cinéphile avec Tout le monde il en a deux où l'on voit apparaître une sorte de "Musidora" drapée de noir, échappée du temps du muet, une époque qu'adorait Jean Rollin (ne rêvait-il pas d'adapter Gaston Leroux !). Grâce à son titre, en phase avec l'époque, Tout le monde il en a deux connut un joli succès en salles et lui permit de mettre en chantier Lèvre de sang qui le ramène à l'univers vampirique, où il livre une oeuvre très personnelle et son obsession à nous présenter deux personnages féminins traversant les mêmes périls, les mêmes désirs, une constance dans sa filmographie.
Jean Rollin eut aussi le mérite de donner à Brigitte Lahaie une chance de prouver qu'elle pouvait s'avérer capable de tourner ailleurs que dans les films érotiques. Dans Les raisins de la mort (le plus "acceptable" des "Rollin" aux yeux d'un public non converti à son oeuvre), mais aussi le plus "gore" - c'était une condition édictée par le producteur - Brigitte Lahaie incarne un hommage au Masque du Démon de Mario Bava, flanquée d'un inquiétant labrador (alors que Barbara Steele en affichait deux, amusante comparaison prouvant que Jean Rollin ne bénéficiait pas des mêmes budgets !). Dans Fascination, l'un de ses meilleurs films, Brigitte Lahaie s’avère étrange et inquiétante , munie d'une faux prête à charcuter aux alentours!
Peu épargné par la critique, Jean Rollin, en son for intérieur souffrait beaucoup de ce dédain à propos de son oeuvre. Mais néanmoins, il avait son carré de fidèles qui le défendaient avec ferveur comme, entre autres, Jean-Marie Sabatier qui s'attacha à réhabiliter l'oeuvre du cinéaste, inventant même, à son égard, le mot "Rollinade", évoquant le parcours du spectateur à travers les films de Jean Rollin.
Mais, dès La Morte-Vivante, avec Françoise Blanchard, l'un de ses meilleurs films, ses difficultés à enchaîner d'autres tournages s'affirment. Il est alors contraint de tourner des films alimentaires dont il n'est pas l'auteur (un comble, aux yeux de cet écrivain , sa seconde carrière !) tel Le lac des Morts-Vivants pour Eurociné, film pour lequel il s'entêta, des années durant, à renier la paternité alors que ce petit film est aujourd'hui devenu objet de curiosité de la part des cinéphiles, presque mythique !
La comédie Ne prends pas les poulets pour des pigeon dont le producteur rêvait d'être la propre vedette de son film n'a absolument rien à voir avec son univers !
Il réalise ensuite un moyen métrage, Perdues à New-York et un étrange polar Killing Car qui ne seront pas distribués en salles.
Pour clore cette période de vaches maigres, il termine à Paris Emmanuelle 6 qui n'avait pu être mis à terme lors d'un tournage au Venezuela.
Mais, en 1996, la chance lui sourit à nouveau avec Sam Selsky qui le relance avec Les deux Orphelines vampires d'après l'un de ses romans. Et dès lors, il cumule les métiers de réalisateur, d'auteur et de directeur de collection.
C'est alors que la maladie le frappe de plein fouet et il luttera des années durant avec un courage admirable, ne décrochant jamais, toujours en quête d'un nouveau projet cinématographique...
Par chance, toujours soutenu par ses inconditionnels (Jean Depelley entre autres), Jean Rollin verra son activité redemarrer avec La fiancée de Dracula, un film particulièrement soigné, ne serait-ce qu'au niveau de l'image avec un bon choix de comédiens parmi lesquels on reconnaîtra son égérie de toujours : Brigitte Lahaie.
Tout aussi soigné sera son film "testament" où son personnage de Michel Jean (Michel Gentil :l'un de ses pseudos pour les films érotiques) n'est que lui-même dans un pathétique face à face avec la mort. Sombre, doté d'une belle image, le film nous présente Ovidie, qui tout comme le fit Brigitte Lahaie, quitte le domaine du "X".pour rejoindre Jean Rollin.
Non sorti en salles, le film n'en est pas moins programmé sur les chaînes câblées ainsi que l'intégrale ou presque des oeuvres de Jean Rollin. Une reconnaissance tardive mais significative d'une carrière toute entière consacrée au Fantastique, celui tel qu'il le concevait..
Tout juste terminé, son tout dernier film Le Masque de la Meduse est présenté à la Cinémathèque en signe d'hommage, en sa présence. Une belle fin, si l'on peut dire, pour cet homme qui lutta farouchement tant pour son art que contre la mort. Et c'est sans doute sa passion pour le cinéma, son goût d'entreprendre toujours qui aura sans doute prolongé un temps sa vie.
Norbert Moutier |
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| Date: |
19.12.2010 12:31 |
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| Postée par: |
Alain |
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